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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 06:44

Le feuilleton de « l’été du Tricastin » : le suspense n’est pas terminé !

 

Marche pacifique du Tricastin 

De la centrale jusqu’à Bollène, soit 5 km, ce samedi 25 octobre à 14 H 30

 

 

A une semaine de la Marche du Tricastin, il m’apparaît pertinent de refaire le point et le déroulé des événements tragico-comiques de cet été, puis de ce début d’automne, au Tricastin.

 

Re-situons d’abord dans le contexte général : là est implantée une des 4 centrales de la Vallée du Rhône, avec ses 4 réacteurs sur les 14 pour lesquels EDF a donc réussi à obtenir les autorisations estivales pour faire grimper l’eau du Rhône jusqu’à 27° !!! Mais là s’étend également un pôle nucléaire parmi les plus importants du monde : EDF centrale + EURODIF Production + CEA Valrhô + COGEMA + EDF BCOT + COMURHEX + SOCATRI + FBFC cerca + SIDEREC International.

Rajoutons encore que ces problèmes sont loin d’avoir été uniques et exceptionnels, voire circonscrits  au Tricastin,  puisque plus de 10 incidents sur l’ensemble du parc nucléaire français ont été signalés cet été, tous bien évidemment classés sur le barreau 1 de l’échelle INES des incidents et accidents nucléaires, qui en compte 7.

 

Mais égrenons maintenant le cours de quelques-uns des événements les plus marquants, en en relevant les incroyables péripéties et en posant les remarques de fond découlant directement de ces faits :

 

Dans la nuit du 7 au 8 juillet, 74 kilos d’uranium ont été rejetés dans l’environnent, à la suite du débordement d’une cuve, à l’usine Socatri (Areva), à Bollène. Cette usine a notamment pour mission de récupérer tous les effluents radioactifs du Tricastin.

 

Notons d’abord que l’alerte s’est mise en route dès 23 heures le 7 juillet, mais que les employés de SOCATRI venus contrôler le niveau de la cuve n’ont rien décelé d’anormal et ont estimé que c’était le système d’alarme lui-même qui devait être défectueux. Il faut d’aileurs préciser qu’en fonctionnement normal, l’évaluation du niveau des cuves se faisait  « au bruit », en cognant la cuve avec le poing ! Sous l’empire d’une très haute technologie donc…

 

Ce n’est que vers 4 heures du matin le 8 juillet qu’ils constatent finalement qu’une cuve déborde bel et bien et que 234 kg d’uranium sont passés dans la cuve de rétention (dont 74 kg finiront dans la nature).

Car cette cuve de rétention était fissurée depuis 9 mois, et les réparations recommandées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire non effectuées…

Ce n’est ensuite que vers 8 heures du matin que cette dernière sera prévenue, tandis que ni les pompiers ni la Préfecture ne l’ont encore été. Mais il faut dire que les employés de SOCATRI n’avaient pas les numéros de téléphone d’urgence, n’ayant pas été intégrés au système global d’alerte du Tricastin.

L’arrêté d’interdiction du Préfet de la consommation d’eau aux alentours du site et de la baignade sortira lui à 16 H.

 

Remarques :


  •  Quoique le nucléaire soit très officiellement un  moyen sûr de produire de l’énergie, les réalités du fonctionnement, en prise avec le fameux facteur humain, laissent à penser…
  • Selon les études réalisées depuis sur le site, et autour, notamment en aval du Tricastin, il s’avère que seule la pollution à l’uranium a été considérée, montrant en cela des concentrations supérieures à 15 microgrammes / litre (norme OMS), voire à 30…

    Or, la CRII-Rad et des élus locaux demandent à ce que les analyses concernent l’ensemble des  radio-éléments susceptibles de se retrouver sous et en aval du site du Tricastin, dont tritium, chrome, plutonium...

  • Mme Anne Lauvergeon, patronne d’AREVA (et donc de SOCATRI, filiale d‘EURODIF), a souhaité donner immédiatement 20 millions d’euros, pour installer le réseau d’eau pour les familles étant dans la zone « contaminée ». Et si elle finançait plutôt ces études complètes, plus celles épidémiologiques, qui sont bien du ressort de son consortium ?
  •  Les événements de cet été sont à rapprocher de la découverte réalisée par la CRII-Rad au tout début de l’été (CLI du 4 juillet), concernant le dépôt de déchets d’origine militaire, ensevelis dans des fûts sous une butte de terre du site du Tricastin. D’où le rejet pendant 30 ans, à l’insu des  élus et des populations locales, d’eau de la nappe polluée, et pompée du site pour être rejetée dans le Rhône pour dilution,  dans le plus absolu secret-défense...

     

    Le 23 juillet, une centaine de travailleurs ont subi une contamination part de la poussière radioactive, lors d’une opération de maintenance sur le réacteur n°4 de la centrale EDF du Tricastin, à proximité de l’entreprise Socatri.

     

    Le 29 juillet, lors d’un incident similaire dans le même lieu, 127 employés ont été exposés à des poussières radioactives.

     

    Le jeudi 21 août, une « petite »fuite d’uranium a été détectée sur une canalisation des réseaux d’effluents de la société Comurhex, filiale d’Areva. L’entreprise estime qu’environ 250 grammes d’uranium par an ont pu pénétrer dans le sol environnant la canalisation défectueuse.

     

    Enfin (façon de parler !), le lundi 8 septembre, lors de l’opération de remplacement du combustible sur le réacteur n° 2 de la centrale, deux barres de combustible sur les 157 qu’en contient le cœur « sont restées accrochées aux structures internes supérieures », c’est-à-dire au couvercle.

  • Incident non prévu (quoiqu’il se soit déjà produit une fois à la centrale de Nogent, mais pour une seule barre), puisqu’il conduit aujourd’hui EDF à examiner avec Westinghouse le projet de construction d’un robot ad hoc susceptible de pouvoir récupérer ces deux barres sans anicroche. Dont on ne sait pas avec certitude si elles sont ou non moxées *

    Car compte tenu de la position de ces éléments et de leur forte émission radioactive, difficile d’imaginer envoyer au casse-pipe une équipe de réparateurs. Ou faudrait –il déjà prévoir les 500 000 liquidateurs ?.... Non, Tricastin n’est sans doute pas Tchernobyl...

  • Cependant, deux risques réels subsistent :

    Lorsque la manoeuvre de récupération des deux barres sera effectuée, une des deux barres peut échapper au robot et alors percer en tombant les gaines de protection situées au cœur du réacteur, contenant des gaz radioactifs. Même si ceux-ci sont contenus à l’intérieur du dôme, il faudra bien un jour ouvrir les portes du dit…  Alors rejet majeur dans l’atmosphère…

    C’est pourquoi la question de l’évacuation des populations (et celle non évoquée de la prise de pastilles d’iode sous le vent du Tricastin ?) n‘est pas complètement farfelue… 

     

    Certains évoquent même un risque de réaction nucléaire en chaîne, si l’une des barres suspendues au-dessus du cœur en venait à heurter d’autres éléments de combustibles…

    Est-ce là encore une hypothèse complètement improbable, voire ridicule ?...

  •  La non-communication générale d’EDF sur le sujet n’est pas vraiment le meilleur moyen de se  rassurer : « circulez, y’a rien à voir ! Et d’ailleurs, y’a pas de risque, on a bien fermé la porte de la centrale. » Voilà à peu près le niveau de communication de cette entreprise encore publique, et peut-être heureusement…

     

 



Conclusions provisoires :

 

Une étude épidémiologique, pour un montant de 40 à 50 000 €, a été enfin décidée et validée par les élus et les instances de sûreté nucléaire (CLI, ASN, Haut Comité d’information et de surveillance du nucléaire dirigé par le sénateur UMP Revol, ancien membre du CEA.) Mais ses imperfections, voire ses tares initiales, sont d’ores et déjà pointées : étude réalisée uniquement sur Pierrelatte, et à partir de résultats et chiffres communiqués par la sécurité sociale et les mutuelles…  Quid des enquêtes de terrain ? des chiffres des hôpitaux ? des témoignages d’anciens du site ? d’intérimaires ?...

 

Des analyses  spectrométriques, notamment de masse, devraient de plus être réalisées pour connaître la nature des radio-éléments lâchés sous, dans et aux alentours du site du Tricastin (nappe phréatique, Rhône…). Une cartographie complète du tritium serait notamment bienvenue !

 

Il paraîtrait plus que nécessaire d’informer de  manière claire et éthiquement satisfaisante les populations riveraines, et en aval du site, à propos des risques encourus. Il ne s’agit plus de se satisfaire du mythe du grillage, qui, comme la frontière en 1986, retient la pollution nucléaire.

 

Les événements de cet été ont eu l’horrible avantage de soulever un lièvre de taille : les pollutions ne sont pas dûes à un malheureux concours de circonstances propre à cette année, mais existent bel et bien depuis plusieurs décennies. Une pollution radioactive essaime en continu en Tricastin, qu’elle soit d’origine militaire ou civile.

A preuve donc le rejet d’eau polluée de la nappe dans le Rhône depuis les années 80 ou encore l’analyse radioécologique d’Avignon effectuée par la CRII-Rad et remise… en juin 1994. Qui pourrait dire : « On ne savait pas ! »  parmi les autorités ?

 

Une autre fois, nous  pourrions évoquer le problème des déchets (cf. la décharge de Solérieux dans la Drôme…) ou celui du démantèlement des installations nucléaires…

 

C’est en tous cas pour dénoncer tous ces dysfonctionnements, tous ces dangers que l‘industrie du nucléaire fait sciemment ou involontairement courir aux populations, pour préconiser les mesures d’étude et de protection nécessaires qu’a lieu la Marche pacifique du Tricastin, ce samedi 25 octobre, organisée par le collectif antinucléaire 84 sous l’égide du réseau « Sortir du Nucléaire ».

Départ à 14 H 30 du rond-point de la centrale, sur la D 204, et arrivée à Bollène aux alentours de 16 H 30 pour des prises de parole et explications complémentaires.

 

Avignon, le 18 octobre 2008

Jean-Luc Fauche /  Collectif antinucléaire 84 –

                               Animateur du GRAV (Groupement Rhodanien Antinucléaire Vert)

 

Si vous décidez de vous rendre à cette marche , et que vous cherchez un covoiturage ou si vous disposez de places dans votre véhicule faites le savoir sur le forum de covoiturage de CREAvignon: http://creavignon.free.fr/forum/

 

moxées : combustible nucléaire contenant un très faible pourcentage de plutonium, soit 67 g pour 933 g d’uranium. Le MOX est fabriqué à Marcoule et Cadarache 2

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Published by creavignon - dans Evenements
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